Workshop éléphants-rhinos 2009 à Touroparc
Du 3 au 6 février 2009 s'est tenu le cinquième workshop éléphants-rhinos, un évènement qui rassemble chaque année des soigneurs, des vétérinaires, des animateurs pédagogiques venus de nombreuses institutions zoologiques françaises.
Cette année, c'est au zoo de Touroparc qu'a eut lieu cette rencontre entre professionnels.
L'AFSA ne pouvait manquer ce grand rendez-vous! Je suis donc allé à ce workshop en tant que « représentant » de l'Association Francophone des Soigneurs Animaliers dans le but de parler de l'association, de notre prochain colloque, d'élargir notre réseau de contacts et de rapporter des informations qui agrémenteront notre site internet et notre forum de discussion.
Plus d'une cinquantaine de personnes s'est donnée rendez-vous dans la salle Joug Dieu à Crèches-sur-Sâone, à quelques kilomètres du zoo.
Mercredi matin, après le traditionnel mot d'accueil et la présentation du programme, Sonia Tortschanoff, vétérinaire et directrice zoologique du pal débute sa présentation en nous parlant de l'éléphant « au sens large ».
Elle rappelle que ce workshop a été initié par le zoo d'Amiens en 2005.
Sonia dresse ensuite l'historique de la relation entre l'homme et l'éléphant et précise que ces pachydermes ne sont étudiés dans leur milieu naturel que depuis 25 ans ; La première véritable étude ayant été menée par Iain Douglas-Hamilton.
En ce qui concerne le dressage des éléphants, ce sont les belges, au Congo, qui en sont les précurseurs.
Durant son intervention, Sonia inventorie de nombreux livres, sites internet et autres moyens d'informations sur ces animaux. Elle montre ainsi la richesse et la diversité des ressources auxquelles nous pouvons accéder si nous souhaitons renforcer nos connaissances au sujet des éléphants.
La seconde intervention est assurée par l'équipe « Eléphants » du Pal. Frédéric Vercaigne, Céline Karger et Jérémy Pinaud nous parle de la préparation et de la naissance de Jade, un éléphanteau asiatique né il y a moins d'un an chez eux.
Ils commencent par nous présenter leurs éléphants, la structure dans laquelle leurs protégés vivent, leur façon de travailler...
Au pal, les soigneurs entraînent leurs animaux en contact protégé selon la méthode du conditionnement opérant.
Après nous avoir parlé du musth en prenant l'exemple de Chang, leur mâle (qui perd plus de 800 kg durant cette période !), les animaliers développent tous les moyens qu'ils ont mis en œuvre pour préparer la naissance de Jade : Modifications dans la maison des éléphants, entraînement de la femelle gestante (prise de sang, traite des mamelles, palpation rectale...), mise en place de rondes de nuit...
Le 25 avril le taux de progestérone de Nina chute ; le 3 mai l'éléphante n'a pas d'appétit, urine beaucoup et se couche ; le 4 mai 2008 Jade voit le jour !
Les soigneurs poursuivent en décrivant les premières heures de la vie de l'éléphanteau, des débuts un peu difficiles puisque Nina a mis un peu de temps avant d'obéir à son instinct maternel.
Les animaliers nous expliquent ensuite toutes les étapes de la mise en contact progressive entre le bébé et le reste du groupe.
Aujourd'hui Jade pèse 320 kg et mesure 1,10 m.
Après une pause, le workshop se poursuit avec la présentation de Guillaume Rebis, venu nous parler de l'école de soigneurs éléphants (Elephant Keeper School) de Whipsnade en Angleterre.
Cette formation a vu le jour en novembre 2005. L'objectif de l'école est de former, d'éduquer les futurs animaliers et de leur apprendre les bases du medical training.
Guillaume détaille aussi quelques protocoles de travail de certaines institutions et nous présente quelques structures anglaises qui hébergent des éléphants.
C'est au tour de Charlène Lebreton, biologiste à Touroparc, de prendre la parole. Charlène nous présente l'évolution de leur mâle éléphant asiatique suite au changement de structure.
Cali, un animal de 35 ans, était complètement dominé par la femelle qui vit avec lui à Touroparc. L'ancienne structure ne permettait même pas à l'éléphant de s'alimenter correctement puisque ne pouvant manger séparément, il cédait sa ration à Laxmi qui avait toujours le dessus sur lui...
En 2007 arrive un nouveau soigneur, embauché à temps plein pour ces deux éléphants. Guy commence par modifier les rations alimentaires, apporter quotidiennement des branches aux animaux et veiller à ce que chacun mange sa ration en « s'interposant » entre ses protégés. Quelques mois plus tard le bilan est positif. En effet, l'état général de Cali s'améliore, il reprend du poids et est plus actif.
En juin 2008, le zoo décide de bâtir une nouvelle maison et d'agrandir l'enclos. La nouvelle structure permet désormais aux animaliers d'entraîner les deux éléphants en contact protégé alors que l'ancien bâtiment imposait au personnel de travailler en contact direct avec les animaux.
L'après-midi commence avec l'intervention de Harry Schwammer, venu du zoo de Vienne pour nous parler des programmes EEP des éléphants.
Le studbook des éléphants asiatiques est géré par Rotterdam et celui des africains par Vienne.
Harry rappelle qu'en France 8 zoos présentent des africains, la population européenne étant de 207 individus répartis dans 55 institutions. Pour maintenir cette population captive il faut 10 naissances par an et pour qu'elle augmente, il en faudrait 14.
La population européenne des éléphants d'Asie quant à elle est de 327 individus répartis dans 93 zoos, or la majorité des femelles est trop âgée pour se reproduire, et 21% des éléphanteaux ne survivent pas à leur premier mois. Il faut donc 15 naissances par an pour maintenir cette population captive et 20 pour qu'elle augmente.
Harry poursuit en nous présentant différentes structures européennes abritant des éléphants et différents murs de travail.
Il nous retrace ensuite l'historique de l'utilisation des éléphants par les hommes (guerre, chasse, cirque, tourisme, moyen de déplacement dans la jungle pour la conservation...).
Monsieur Schwammer explique que nous disposons de plus en plus d'informations sur ces animaux grâce aux recherches mais qu'il reste encore beaucoup de fausses idées sur les éléphants. Il nous parle ensuite des nombreux problèmes de pieds et de l'insémination artificielle à laquelle on a de plus en plus recours.
L'IUCN estime la population d'éléphants africains entre 472000 et 689000 individus. Le nombre étant en augmentation, on se retrouve aujourd'hui contraint à délocaliser des familles d'éléphants mais aussi à autoriser de nouveau la chasse... Dans certaines zones, les animaux étant trop nombreux pour ne pas menacer l'écosystème, des abattages sont organisés (exemple du Kruger National Park).
A l'inverse, la population d'éléphants en Asie régresse. Néanmoins les conflits entre les hommes et les pachydermes sont en augmentation sur les deux continents.
Harry termine en nous présentant la fondation IEF, International Elephant Foundation (http://www.elephantconservation.org).
Le workshop se poursuit avec Nicolas Canfrère, responsable de l'éléphanterie du zooparc de Beauval. Nicolas nous détaille le travail mis en place chez eux en vue d'inséminer une éléphante en avril 2009.
Il commence par nous présenter les cinq animaux du zoo et nous explique la raison pour laquelle ils ont décidé d'intervenir. Un suivi par prises de sang montre, qu'aujourd'hui, aucune des éléphantes n'est gestante bien qu'elles soient cyclées correctement. Or, elles vieillissent. Le zoo a donc décidé de faire un bilan pour chaque animal afin de déterminer quelle femelle serait la plus apte à être inséminée. Nicolas nous montre toute la préparation qui a été nécessaire pour effectuer ces examens : L'entraînement des animaux et de l'équipe, les modifications des installations, la préparation d'un éventuel relevage en cas de problème due à la tranquillisation...
Le 3 octobre 2008, les vétérinaires réalisent une échographie sur le mâle pour vérifier l'état de ses testicules puis un prélèvement de semence (10 minutes). Après le mâle, c'est au tour des femelles. Un lavage de l'intestin puis une échographie sont effectués sur chaque éléphante.
Ces examens ont permis de déterminer la femelle la mieux disposée à être inséminée et ont révélé des problèmes de champignons sur une autre (des problèmes qui ont ainsi pu être traités).
Clément Buchy, soigneur des éléphants à Amnéville succède à Nicolas pour nous présenter en détail la prise de sang chez leur mâle africain.
L'équipe du zoo intervient sur l'oreille de Nico pour prélever du sang (chez les éléphants la prise de sang est généralement effectuée sur l'oreille ou le pied). Après avoir désensibilisé l'animal au toucher, puis à l'alcool 70% modifié, les animaliers sont aujourd'hui capables de piquer l'animal, ce qui leur permet d'avoir un suivi précis de son état de santé...
La journée se termine avec l'intervention de Julien Marchais qui nous présente le programme de conservation « Enfants & Eléphants ».
L'objectif du programme est de réconcilier l'homme et l'éléphant. Pour y parvenir, l'équipe a mis en place des classes nature afin que les enfants découvrent, apprennent à apprécier leur patrimoine naturel et deviennent acteurs puis bénéficiaires du programme. Deux projets existent : un au Botswana et un au Burkina Faso (où il reste 3000 éléphants). Julien nous présente en détail le deuxième.
C'est dans la réserve des deux Balés qu'intervient l'équipe. Dans cette forêt, la faune décline mais il reste tout de même 350 éléphants.
Au Burkina le taux de scolarisation est inférieur à 50%. 17 écoles ont rejoint ces classes nature dans lesquelles les enfants étudient la faune et la flore de leur pays. Alors qu'ils vivent à 10-15 kms de la réserve, 80% des écoliers n'avaient jamais vu un éléphant avant de participer au programme!
Ces enfants deviennent en quelque sorte les ambassadeurs de la protection de la nature Burkinaise puisqu'ils ramènent chez eux tout ce qu'ils ont appris lors de ces journées...
L'équipe espère sensibiliser 1000 enfants en 2009.
http://www.enfantsetelephants.net
Jeudi matin, Guy Bastide, soigneur éléphants à Touroparc revient sur l'histoire de Cali et Laxmi et nous raconte comment il a du s'adapter à de nouveaux éléphants en rejoignant l'équipe de Touroparc, à une nouvelle structure et à une nouvelle façon de travailler avec ces animaux.
Guy illustre son récit avec de nombreuses images, notamment des photos de la construction du nouveau bâtiment.
Les soigneurs du zoo de Montpellier sont les premiers à nous parler des rhinos durant l'évènement. Leur sujet, la mise en contact de leur mâle rhinocéros blanc et de deux nouvelles femelles arrivées récemment au zoo.
L'équipe nous explique les différentes étapes du processus illustrées par une série de vidéos.
Le deuxième sujet sur les rhinos est traité par Samuel Coutand du zoo de Beauval. Samuel nous explique comment s'est déroulé l'examen gynécologique d'une de leurs femelles.
Le but de cet examen est d'évaluer le potentiel reproducteur de l'animal.
Nous découvrons sur les films que nous montre le soigneur la cage de contention dans laquelle à lieu l'intervention, la préparation pour l'échographie, la phase de nettoyage des voies fécales, l'introduction de la sonde puis la préparation du réveil de l'animal tranquilisé durant l'examen (intervention d'une heure au total).
La matinée se termine avec la présentation de Sylvie Negret, responsable animalier du zoo de Doué la Fontaine. Sylvie est venue nous parler des mises en contact de leurs rhinos noirs.
Elle commence par nous présenter l'installation puis les animaux.
En juin 2005 arrivent deux mâles rejoints par Binti, une femelle de deux ans et demi, en mai 2006. Bien qu'elle soit trop jeune pour se reproduire, l'équipe tente de mettre en contact Jeremy et Binti. Sylvie nous montre sur une vidéo que cette mise en contact a été un véritable échec puisque le mâle a réagi de manière agressive et violente envers la jeune femelle.
En Août 2008 arrive une deuxième femelle, Tisa. Le zoo se retrouve donc avec 4 rhinos !
Les soigneurs ont pu mettre en contact cette femelle de 14 ans avec la plus jeune sans problème. Elles sont d'ailleurs aujourd'hui « inséparables ».
En janvier 2009, l'équipe décide de présenter Tisa à Katakata, le plus vieux des deux mâles. La mise en contact se passe en douceur, sans agressivité de la part des animaux.
Au bilan, Sylvie affirme que désormais ils connaissent mieux le caractère de chaque individu, que Binti a pris de l'assurance malgré des débuts difficiles, et que leur infrastructure est complexe mais qu'elle permet d'accueillir 4 animaux, ce qui a l'avantage de donner un choix plus large pour constituer des couples en vue de reproduction.
En début d'après-midi, nous partons pour le zoo de Touroparc, à 10 minutes de la salle de conférence.
Après une démonstration de medical training sur Cali et Laxmi par Carole Duperron et Guy Bastide, nous visitons le zoo et quelques unes de ses installations.
Le soir nous nous retrouvons tous à Romanèche-Thorins pour une visite guidée du Hameau du vin, suivie d'un dîner dans la salle de dégustation du Hameau.
Ces moments de convivialité sont à mon sens très importants lors de ces workshops.
Vendredi matin, nous sommes de retour dans la salle Joug Dieu pour écouter Julien Paquet, Frédéric Depatte et Jimmy Ebel du zoo de Maubeuge.
Leur présentation a pour sujet « Une journée chez les éléphants » sur le site internet du zoo.
L'équipe de Maubeuge nous fait ainsi découvrir un site ludique et pédagogique expliquant aux enfants, mais aussi aux plus grands comment vivent les éléphants au zoo, en quoi consiste le travail du soigneur... Des animations, des textes éducatifs et un quiz apprennent aux visiteurs ce qu'est l'enrichissement, le mode de vie de l'animal ou encore les menaces qui pèsent sur lui.
http://www.zoodemaubeuge.fr
Charlène Lebreton prend ensuite la parole pour commenter un article rédigé par l'université d'Oxford à travers une présentation powerpoint réalisée par Florence Ollivet-Courtois (qui a eu un empêchement). Cet article intitulé « Le bien être des éléphants en captivité », a été publié dans la revue « Sciences ». L'objectif de cette étude était d'évaluer le bien-être des animaux dans les zoos et d'émettre des recommandations.
Charlène montre en citant des exemples précis que dans ce rapport il y a, certes, des reproches fondés mais aussi beaucoup de critiques infondées. Il n'y a pas de doute, le but de cette publication est de noircir l'image des zoos dans l'espoir de les voir disparaître !
Selon Florence et Charlène, cette étude est subjective et n'a aucune véritable valeur scientifique.
Cette intervention nous rappelle à quel point nous devons montrer que les parcs zoologiques évoluent constamment, que les conditions de vie de nos animaux s'améliorent et que les zoos jouent aujourd'hui un rôle important dans la conservation des espèces.
Le workshop s'est terminé par un débat dont le but était d'échanger nos expériences sur le medical training. Nous avons pu ainsi comparer nos méthodes de travail, discuter et réfléchir sur des cas précis à partir des questions, remarques et suggestions des personnes présentes.
Une fois de plus, ce rassemblement a prouvé l'intérêt et la nécessité de se réunir pour partager nos connaissances. La mise en commun de nos expériences et réussites mais aussi de nos échecs et erreurs nous permet de progresser ensemble dans la gestion quotidienne de nos animaux mais aussi dans notre rôle pédagogique.
Ce workshop n'a fait que renforcer ma conviction quant à l'importance d'une association de professionnels comme l'AFSA. Il m'a aussi permis d'élargir notre réseau de contacts et de donner de nouvelles idées de projets.
Au nom de l'Association Francophone des Soigneurs Animaliers, je remercie toute l'équipe de Touroparc pour leur accueil chaleureux, tous les intervenants qui nous ont donné de leur savoir et enfin tous les participants venus partager leur passion pour les éléphants et les rhinos.
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