Procurer de l'enrichissement dans des environnements hautement contrôlés

par Hilda Tresz, Coordinateur de la Gestion du Comportement

Zoo de Phoenix
455 N. Galvin PKWY, Phoenix, AZ 85203

Résumé

On a cru le putois d’Amérique éteint jusqu'en 1981, lorsqu’il a été retrouvé dans le Wyoming. En 1987, plusieurs institutions dirigées par le Service de la Faune et de la Pêche américain ont fait équipe pour sauver l’espèce. Le Zoo de Phoenix a joué un rôle significatif dans le programme de sauvegarde depuis 1991. Les options d'enrichissement ont été mises en place sous les recommandations du Service de la Faune et de la Pêche américain et du Programme de Sauvegarde des Espèces (SSP) Putois d’Amérique et dépendent aussi des exigences spécifiques de quarantaine.

Cet article fournit une liste d'idées d'enrichissement dont l’efficacité a été prouvé et prêtes à être utilisées dans les établissements possédant des putois d’Amérique. Il fournit aussi des exemples d'enrichissement qui permettent à ces animaux de développer des comportements adaptés à leur espèce. La difficulté étant de fournir un enrichissement pour des animaux vivant en quarantaine et potentiellement destinés à la réintroduction.

Mots clé : Putois d’Amérique, Mustela nigripes, espèces menacées, reproduction en captivité, comportements appropriés à l’espèce, enrichissement

HISTORIQUE

On a cru le Putois d’Amérique (Mustela nigripes) éteint après 1974 quand la dernière petite colonie connue a disparu du Dakota du Sud sud-ouest. En 1981 l'espèce a été retrouvée dans Wyoming ; pourtant la population d'environ 130 animaux avait été presque éradiquée en raison des éruptions de peste et de maladie de Carré canine qui leur était transmise par les chiens de prairie. Entre 1985 et 1987, les derniers des furets restants (18 animaux) furent mis en captivité à Sybille Canyon, Wyoming (connu comme le Centre National de Conservation du Putois d’Amérique) pour essayer de sauver l’espèce. En 1987, un programme de reproduction en captivité a été créé par le Service de la Faune et de la Pêche américain, le Département du loisir et de la Pêche du Wyoming et l'Association d'Aquarium et de Zoo Américaine. Ce programme s'est depuis développé et reste géré par plusieurs organisations.

Depuis 1991, les putois ont été activement réintroduits dans le milieu naturel, mais sont toujours considérés comme un des mammifères les plus menacés d’Amérique du Nord. L'Équipe de Réintroduction et de Sauvegarde du Putois d’Amérique (BFFRIT) a été défini en 1996 pour mettre à profit l'expérience et les capacités des différentes institutions afin de créer un programme de sauvegarde complet. Le BFFRIT est géré par plusieurs organisations de conservation et dirigé par le Service de la Faune et de la Pêche Américain, qui inclut des représentants fédéraux et gouvernementaux, de zoos et d’organisations à but non-lucratif. Toutes les institutions qui détiennent des putois d’Amérique sont sensées participer au programme SSP.

BUT DU PROGRAMME

Les études récentes estiment la population sauvage à 850 animaux, repartie dans 11-12 régions. Les scientifiques espèrent augmenter la population de putois sauvages à 1500 individus en 2010 afin de faire descendre le statut de l’espèce à l’échelon "Menacé" (Lockhart et Vargas et Marinari et Gober). Ce programme exige un programme de gestion du comportement parfaitement suivi et guidé qui inclut des soins vétérinaires et des soins quotidiens corrélés avec le programme de reproduction.

Le but du programme d'enrichissement du comportement du Zoo de Phoenix est d’être compatible avec le programme de reproduction et les règlements des conditions de quarantaine, aussi bien que les directives mises en place par le Service de Faune et de la Pêche américain et le programme SSP. Le programme d'enrichissement de comportement doit aussi être en accord avec les priorités des efforts de sauvegarde tant actuels que futurs du BFFRIT.

Le programme doit surmonter beaucoup de défis comme :

  • Règlements internes et externes
  • Restrictions de la quarantaine sur les options d'enrichissement
  • Reproducteurs opposés aux animaux “retraités”
  • Options d'enrichissement pendant la saison de reproduction par rapport à celles hors saison de reproduction
  • Enrichissement pour les adultes opposé à celui pour les jeunes
  • Enrichissement approprié à l’espèce pour des animaux potentiellement destinés à la réintroduction en milieu naturel

GESTION ACTUELLE DU GROUPE

Le Zoo de Phoenix possède actuellement 10.11 putois d’Amérique. En raison de la haute sensibilité aux maladies comme la maladie de Carré canine et la grippe humaine (influenza), tous les animaux qui font partie du programme SSP « putois d’Amérique » sont maintenus dans des conditions de quarantaine permanente dans l'enceinte du bâtiment de reproduction (de 232 m²). Le pédiluve est exigé en entrant dans le bâtiment. Le personnel doit prendre une douche, changer de vêtements (en rajoutant des sur-chaussures conservées dans le bâtiment) et porter des gants mis à disposition et un masque sur le visage avant tout contact avec les animaux.

Le bâtiment est muni d’un système de climatisation pour maintenir des températures ambiantes comprises entre 13 et 26,6°C tout au long de l'année. Des lampes UV (spectre complet) qui sont contrôlées par un minuteur astral sont utilisées pour fournir l'éclairage ambiant (Swanson, 2006).

Les animaux sont logés dans des cages de bois mesurant 1,2 m de long par 91 cm de large et 60 cm de haut. Chaque cage a trois parties principales composées de deux boîtes servant de nid (un haut, un bas) qui sont divisés en deux sections et une plate-forme principale. La boite du dessus est raccordée à la plate-forme principale par des tubes en plastique rigide. Les animaux ont l'accès aux nids supérieur et inférieur qui mesurent 40 cm de large, 60 cm de profondeur et 40 cm de haut. Les nids sont importants pour les furets car c’est une espèce fouisseuse qui a besoin d’endroits ou se cacher et nicher.

Les boîtes servant de nid sont divisées en deux sections : une pour dormir et l’autre pour les excréments. Le côté pour dormir est rempli d’une literie à base de papier (Carefresh ®) qui fournit une niche confortable aux animaux. L'eau est disposée dans des biberons qui sont nettoyées et désinfectées chaque semaine. (Swanson, 2006)

Figure 1 : Photo de Tara Sprankle
Les boîtes servant de nid supérieur et inférieur sont fournies pour obtenir des comportements fouisseurs

Les animaux sont séparés en trois groupes : les femelles reproductrices, les mâles reproducteurs et les adultes non reproducteurs. Les femelles reproductrices sont trouvées dans les cages à l’arrière, les mâles reproducteurs occupent les cages du milieu. Les animaux ne sont jamais placés ensemble à part lors de la période de reproduction. Les furets plus vieux, non-reproducteurs se trouvent dans les cages à l’avant.

Facteurs limitant l’enrichissement

  1. Quarantaine : aucun article d'enrichissement auparavant utilisé ou touché par d’autres animaux ne peut entrer dans le bâtiment
  2. Saison de reproduction: les animaux, lorsqu’ils sont en couple, ne reçoivent pas d'articles d'enrichissement pour les encourager à se concentrer sur la reproduction
  3. Âge : quelques articles d'enrichissement originaux sont prévus les animaux qui ne peuvent pas être réintroduits, mais ne sont pas nécessaires pour des animaux en âge de reproduire. La maturité sexuelle se trouve environ à l’âge d’un an; les animaux sortent du programme à l’âge de cinq ans
  4. Taille de l’enclos : l'enrichissement est limité par la taille d'habitation

Facteurs encourageant l’enrichissement

  1. Quarantaine : le besoin d'enrichissement est exceptionnellement important dû aux conditions de quarantaine : contrôle de la température et du climat, manque de végétation et habitat confiné avec peu de stimulation.
  2. Programmes de reproduction: les animaux captifs ont peu de chance de survie lorsqu’on les relâche dans le milieu naturel à moins qu'ils n'aient eu l’opportunité de conserver des comportements « naturels », comme la capacité de s'accoupler, d’élever des jeunes, de chasser ou de chercher de la nourriture, d’échapper aux prédateurs et de fuir l'homme. Obtenir de tels comportements en captivité est indispensable si l’on veut élever des animaux capables d’être réintroduits. Pour créer des programmes de reproduction efficaces, les comportements « naturels » (appropriés à l’espèce) sont extrêmement recherchés. Des exemples à suivre sont donc fournis aux institutions.
  3. Programmes de réintroduction et préconditionnement : les jeunes furets qui sont destinés à la réintroduction ont besoin d’être "préconditionnés". Le préconditionnement consiste à confronter régulièrement les animaux à des terriers de chiens de prairie naturels dans des enclos extérieurs ainsi qu’aux proies (chiens de prairie) (Vargas et al. 1996). Le Zoo de Phoenix fournit des rongeurs vivants (comme des rats ou des hamsters) dans les enclos d'habitation quand les petits ont 50 jours ce qui encourage les mères à enseigner aux petits comment chasser et tuer.
  4. Soins : les sections de tunnel, les tubes en plastique et autres articles d'enrichissement utilisés dans les cages sont tenus d'être désinfectés régulièrement. Les produits d'enrichissement en papier sont fournis 1 à 2 fois par semaine et enlevés au bout d'une journée.

LES ARTICLES D'ENRICHISSEMENT QUI FAVORISENT DES COMPORTEMENTS APPROPRIÉS A L’ESPÈCE

Les articles d'enrichissement suggérés par le service de Faune et de Poisson américain:

Petits gateaux très durs – Hills Sciences, Féline Maintenance (chat adulte) et les Petits biscuits de chien ( 3 fois par semaine) :

  • Augmentent le temps de recherche de nourriture et la disponibilité de la nourriture
  • Les obligent à “travailler” pour obtenir les aliments
  • Entretient la dentition
  • Stimulent les cinq sens

Proies vivantes – seulement offertes pour les petits et leurs mères, après que les petits aient atteint l'âge 50 jours. Les rats (taille sub-adulte; 1 rat par mère et petit, 3 fois par semaine) :

  • Développent des comportements de chasse (chasser, poursuivre, tuer, etc.)
  • Enrichissent les cinq sens
  • Engendrent des bénéfices médicaux comme le nettoyage des dents

Proies mortes - les chiens de Prairie (taille adulte; 1 rat par mère et petit, on découpe des morceaux de 50 grammes selon la disponibilité; 3 fois par semaine) ou souris (taille adulte; offert à peu près toute l'année, 1 souris par animal ou 1 souris par mère et petit; 1 fois par semaine)

Tuyau ADS 10 cm striés - Utilisés comme structures permanentes, mais re-arrangeables :

  • Créent des barrières visuelles
  • Fournissent l’opportunité de grimper, explorer et se cacher
  • Permettent de marquer son territoire

Coudes ADS et connexions Y – Créent, avec les tubes ci-dessus, des structures de tunnel permanentes, mais re-arrangeables :

  • Simulent des terriers de chien de prairie et pousse les animaux à explorer, fouiller et chasser
  • Créent un système tunnel pour les animaux pour se retirer en cas de danger
  • Permettent d’aller à leur nid pour dormir.

La figue 2 : photo de Tara Sprankle
Putois présentant des comportements d’exploration des tunnels

Petits os Gumabone (1-2 x par mois);

  • Permettent de jouer
  • D’imiter la chasse, la poursuite, la capture, le rapport
  • Engendrent des bénéfices médicaux comme le nettoyage des dents

Les passoires en plastique (1 x par semaine aux animaux hors programme);

  • Explorer
  • Se cacher (les animaux les poussent sur les extrémités du tunnel et observent ce qui se passe à l’extérieur par les trous)
  • “Travailler” pour obtenir les aliments

Les boîtes en papier (1-2 x par semaine);

  • Abri
  • Explorer
  • “Travailler” pour obtenir les aliments ou stocker les aliments

La figue 3 : photo de Tara Sprankle
Putois en train d’explorer une boîte à gants

Les sacs en papier (1-2 x par semaine);

  • Abri
  • Explorer
  • “Travailler” pour obtenir les aliments ou stocker les aliments

Figue 4 : photo de Tara Sprankle
Putois fouillant un sac marron pour trouver nourriture

Les tubes en carton d'essuie-tout (1-2 x par semaine)

  • Explorer
  • Chasser
  • “Travailler” pour obtenir les aliments ou stocker les aliments
  • Se cacher

Les articles d'enrichissement suggérés par le Zoo de Phoenix :

Les balles de golf - pas pour les animaux reproducteurs ou pour les petits en raison du risque de se casser une dent (1 x par semaine aux animaux hors programme seulement);

  • Jeu
  • Imitent la chasse, l’attaque, le déplacement en « roulades » et les poursuites dans les terriers
  • Attraper et rapporter

La figue 5 : photo de Tara Sprankle
Putois jouant et/ou imitant des comportements de chasse avec une balle de golf

Boomer balls trouées de 10cm – les « boomer ball » doivent être plus grandes que 10cm pour empêcher que les animaux ne les descendent dans les tunnels (2-3 x par mois);

  • Jeu
  • Imitent la chasse, l’attaque, le déplacement en « roulades » et les poursuites dans les terriers
  • Attraper et rapporter

*Note : les « Boomer ball » style balles caoutchouc peuvent être très facilement logées dans les entrées des tunnels, bloquant notamment le passage jusqu'à ce qu'elles soient enlevées par un soigneur. Il est conseillé d’offrir ces articles avec des trous pour que les animaux puissent s’y agripper. Cela permet aux putois d’avoir une prise et d'enlever la balle de l’entrée du tunnel si nécessaire.

Les essuie-tout (~3-4 x par mois);

  • Jouer et tourner autour
  • Tisser dans le côté de la cage
  • Bourrer dans les tubes ou les boîtes
  • Offert quand nourrissage à base de souris.

Enrichissements recommandés par le service de Faune et de la Pêche Américain non utilisés par le zoo de Phoenix

  • Gâteaux secs (pas de quantité ou fréquence recommandées)
  • Kibble spécifiques « putois » - non utilisés au Zoo de Phoenix en raison de l'inhibition des comportements reproducteurs

Proies vivantes (pas de quantité ou fréquence recommandées)

  • Les nouveau-nés ou très jeunes souris - non utilisés au Zoo de Phoenix; difficiles à obtenir, pas de prix définit réellement
  • Les nouveau-nés ou très jeunes rats- non utilisés au Zoo de Phoenix; difficiles à obtenir, pas de prix définit réellement
  • Les hamsters de taille adulte – ne sont plus utilisés au Zoo de Phoenix; dur à obtenir, pas de prix intéressant

Proies mortes (pas de quantité ou fréquence recommandées) :

  • Les hamsters de taille adulte – ne sont plus utilisés au Zoo de Phoenix; dur à obtenir, pas de prix intéressant
  • Les briques de lait en plastique – ne sont plus utilisées dans le Zoo de Phoenix; dures à obtenir

Utilisées comme aménagement dans la cage pour créer les barrières visuelles

  • Grimper et explorer
  • Se cacher et marquer son territoire

Les enrichissements déconseillés par le service de Faune et de la Pêche Américain:

  • Nylabones (os en nylon) – ils fendent en éclats et il est très difficile de nettoyer les parties mâchouillées souillées par les fèces
  • Les rouleaux d'essuie-tout cartonnés pour les petits – les petits peuvent rester la tête coincée à la fin du tube
  • Tuffy en Caoutchouc ou Kong à mâcher – les animaux pouvant arracher des morceaux et ingérer du caoutchouc
  • Blocs de béton ou parpaing – les animaux peuvent être coincés loin de leur nid et le béton est très difficile à désinfecter

Gérer les animaux avec les restrictions dues à la situation de quarantaine combinées avec les règlements des différentes institutions, tout en maintenant les priorités d'efforts des programmes actuels et futurs du BFFRIT, est une tâche extrêmement difficile mais faisable. Les comportements appropriés de cette espèce peuvent être obtenus dans des conditions de captivité restreintes et confinées grâce à l'enrichissement du comportement. Ainsi, le Zoo de Phoenix a élevé avec succès 325 petits dans les 15 dernières années. Les animaux qui ont appris et ont conservé des comportements de putois adaptés à leur espèce ont été "préconditionnés" et libérés dans le milieu naturel. Quelques furets ont été gardés dans le programme de reproduction pour la reproduction future. Aucun des animaux n'a présenté de conduite stéreotypée.

REMERCIEMENTS

L'auteur remercie Jeff Williamson, Dr Kathy Orr, Dan Subaitis, Stuart Wells, Paula Swanson, Tara Sprankle, Amanda Knight, Sarah Cooper et Lindsay Reno pour leur travail dévoué sur le programme du putois d’Amérique et spécialement Brian Dietz pour avoir édité l'article.

RÉFÉRENCES (non traduit)

Lockhart, M., Vargas, A., Marinari, P., Gober, P. (1998): Black-footed Ferret (Mustela nigripes) Recovery Update. National Black-footed Ferret Conservation Center, 410 Grand Ave., Suite 315, Laramie, WY 82070,
Vargas, A., Anderson, S. (1999): Effects of experience and cage enrichment on predatory skills of black-footed ferrets (Mustela nigripes), Journal of Mammalogy Vol. 80, No. 1, pp. 263-269
Carlstead, C., Shepherdson, D. (1993): Effects of environmental enrichment on reproduction, AZA Symposium paper
Tresz, H., (2003): Environmental Enrichment Protocol, The Phoenix Zoo

Black-footed Ferret Standard Operating Procedures (SOP), (2006), The Phoenix Zoo

Black-footed Ferret Recovery Program- http://www.blackfootedferret.org/who.html

Swanson, P. Black-footed ferret breeding program at the Phoenix Zoo, Arizona-Sonora Desert Museum (AZAD) Regional Conference, 2006