Projet GAEP


Chris Herzfeld

Great Apes Enrichment Project (G.A.E.P.)

Tools to Improve Zoo Apes Environment / Comment améliorer les conditions de captivité des grands singes dans les zoos ?

L'ensemble des acteurs liés aux zoos en sont convaincus : l'enrichissement du milieu est extrêmement important pour tous les primates. Dans leur environnement naturel, ils sont obligés d'apporter une réponse aux problèmes posés par leur milieu et sont sans cesse stimulés : organisation sociale complexe, recherche de nourriture, présence d'une grande variété d'espèces animales ou végétales, pression de prédation, changements climatiques, modifications et fructifications saisonnières, etc. En captivité, leur milieu est beaucoup moins diversifié. Il est très stable, presque sans changement. Les compétences, la plasticité comportementale et la flexibilité propres aux grands singes sont moins mobilisées. Ce déficit conduit certains primates à l'ennui (ou, a contrario à l'hyperactivité), à des comportements stéréotypiques, voire, dans des cas extrêmes, à de l'automutilation. Si l'enrichissement du milieu des singes captifs est usuel aux Etats-Unis, il ne fait pas encore partie des pratiques courantes dans les zoos européens. Il se présente, de plus, comme une tâche supplémentaire pour les soigneurs, aux horaires déjà très chargés. Où trouver le temps d'inventer des enrichissements, sachant qu'il faut sans cesse proposer des activités inédites, en raison de l'importance de la nouveauté pour les grands singes ? Le manque éventuel de temps, d'idées, de références, de matériel, d'espace de stockage, décourage parfois les équipes de soigneurs.

Dotées d'une solide expérience des anthropoïdes en milieu captif, Chris Herzfeld (philosophe des sciences, spécialiste des relations entre humains et grands singes), Christine Avril (primatologue, spécialiste de la pédagogie des sciences naturelles) et Marie Calmel (gestionnaire de projets de développement durable) ont donc fondé le Great Apes Enrichment Project (G.A.E.P.). Cette association a pour objectif de promouvoir l'enrichissement auprès des soigneurs, du public et des responsables de zoos. A cet effet, elle propose différents outils : fiches d'enrichissement, articles, galerie de photographies, listings, forum, bibliographie.

Une association entre l'A.F.S.A. et le G.A.E.P

L'A.F.S.A. et le G.A.E.P. ont décidé de travailler en étroite collaboration sur les questions d'enrichissement du milieu des primates captifs. Les membres du Great Apes Enrichment Project ont intégré le comité Enrichissement de l'A.F.S.A. Cette association avec l'A.F.S.A. constitue une étape importante pour le G.A.E.P. En effet, elle lui permettra de collaborer avec de véritables experts de l'enrichissement et du bien-être animal. Il lui sera également désormais possible d'être directement en contact avec la communauté des soigneurs et de partager avec eux différentes informations sur l'enrichissement du milieu. Le G.A.E.P. apportera son soutien au comité à travers des textes, des documents, des illustrations et des contacts internationaux. La rubrique Enrichissement du site de l'A.F.S.A. sera donc alimentée par différentes données apportées par le G.A.E.P. (données liées aux primates et, plus spécifiquement, aux grands singes). Ces pages sont actuellement disponibles sur le site du G.A.E.P.. Soulignons, cependant, que la rubrique Enrichissement du site de l'A.F.S.A. est ouverte à l'enrichissement de l'ensemble des espèces vivant dans les zoos.

Qu'est-ce que l'enrichissement ?

Comme le précise Anthony Ciréfice :

l'enrichissement du milieu consiste à multiplier les opportunités d'interaction entre l'animal et l'environnement dans lequel il vit.

L'enrichissement se décline sous différentes formes :

  • 1. Enrichissement structurel : aménagement des enclos, structures de jeux ou d'exercice, bassins d'eau, etc.
  • 2. Enrichissement alimentaire : nourriture placée dans divers dispositifs, aliments cachés dans les enclos, termitières artificielles, feuillage, etc.
  • 3. Enrichissement social : training, contacts interspécifiques (par exemple entre orangs-outans et siamangs), interactions avec les soigneurs, interactions avec le public, etc.
  • 4. Enrichissements manipulables : balles, jeux, objets, récipients, papier, morceau de tuyau d'arrosage, morceau de bambou, etc.
  • 5. Enrichissement olfactif, sonore et tactile : senteurs et textures variées, objets en différentes matières, mise à disposition de plantes odorantes, bruits de nature, etc.
  • 6. Enrichissement technologique : écrans tactiles, joy-stick games, etc. 

En leur offrant une large gamme de divertissements et des activités qui les intéressent, ces dispositifs donnent l'occasion aux primates de développer leur répertoire comportemental, d'exprimer leur personnalité, de cultiver leurs aptitudes. L'enrichissement du milieu leur permet de la sorte d'éviter l'ennui et d'avoir davantage de contrôle sur leur milieu.

Des outils pour l'enrichissement

Le projet consiste en un programme en trois volets :

  • 1. La mise à disposition d'idées d'enrichissement et d'outils simples, faciles à utiliser et efficaces :

     (1) Une rubrique avec des listings d'enrichissements, une bibliographie, des conseils, des idées de séquences pédagogiques en lien avec l'enrichissement, une galerie de photographies, des programmes d'enrichissement équilibrés et rythmés en fonction du besoin de nouveauté des primates

     (2) un ensemble de fiches d'enrichissement et de fiches pédagogiques

     (3) un forum d'échange (de questions, de commentaires, de fiches et de conseils) entre soigneurs, responsables de training, scientifiques et curateurs

  • 2. La promotion de sessions d'observation réalisées par des soigneurs, des scientifiques ou même par des volontaires: ces sessions rendraient possible une évaluation des différents enrichissements proposés, ainsi que des observations éthologiques. L'évaluation de l'efficacité des enrichissements en fonction de chaque espèce (voire de chaque individu) permettrait d'opérer une amélioration constante des programmes d'enrichissement, d'informer la communauté des soigneurs à propos de leur efficience et de créer des banques de données échangeables.
  • 3. Un programme de diffusion des connaissances et d'implication du public: ce programme vise à sensibiliser les visiteurs et à les informer à propos des dispositifs mis en place. Le projet comprendra donc différentes propositions afin de renseigner le public, de manière originale et novatrice, à propos des différentes espèces et des programmes d'enrichissement (ateliers, animations, dispositifs interactifs, panneaux d'information, participation de volontaires aux programmes d'enrichissement, interventions d'artistes, Enrichment Day, etc.)

Collaborations

Maître de conférences à l'Ecole Normale Supérieure (Paris), spécialiste de la cognition animale et des relations entre humains et animaux, Dominique Lestel est également chercheur au Muséum National d'Histoire Naturelle (Paris). Auteur de nombreux ouvrages sur ces questions[1], il collabore avec le G.A.E.P. sur le projet « Cages virtuelles » qu'il a lui-même initié.

Ethologue et primatologue, maître de conférences à l'université Paris Ouest Nanterre La Defense (Laboratoire d'Ethologie et Cognition Comparées), Dalila Bovet a travaillé au Language Research Center, à Atlanta. Elle supervise les questions d'enrichissement technologique.

Lionel Devlieger, architecte et professeur à l'université de Gand (Belgique), membre du groupe Rotor (art contemporain et architecture), est également impliqué dans le projet tant concernant les questions d'enrichissements structurels et celles de réutilisation de matériaux pour la réalisation d'enrichissements manipulables ou alimentaires, que dans un projet d'art contemporain lié à l'enrichissement*.

Pour conclure

Le but de nos deux associations est avant tout de mettre, à la disposition des soigneurs, des outils performants, créés en étroite collaboration avec techniciens animaliers, primatologues et spécialistes des relations entre humains et animaux, afin de rendre l'activité d'enrichissement plus facile à mettre en œuvre, d'en permettre l'installation durable et l'amélioration constante. Nous nous proposons également d'en favoriser une meilleure diffusion et compréhension auprès du public. Les primates anthropoïdes seront bien entendu les premiers bénéficiaires de ce programme d'enrichissement qui leur donnera la possibilité d'avoir davantage d'occasions de déployer leur répertoire comportemental et d'occuper leur temps libre par des activités qui les intéressent. De plus, ce programme comprend des modalités d'évaluation des enrichissements rendant compte des préférences des primates, notamment sous la forme d'une échelle de mesure de chaque enrichissement en fonction de chaque espèce. Nous voulons également promouvoir un travail pluridisciplinaire débouchant sur des partages d'intérêts et sur la reconnaissance des expertises des différents acteurs du projet, l'ensemble rendant possible une meilleure synergie en vue de l'amélioration des conditions de captivité des grands singes. Ce projet s'inscrit dans une démarche globale, avec information et sensibilisation des visiteurs à propos de l'enrichissement, à propos des conditions de survie des grands singes en milieu naturel, ainsi que des dangers qui les menacent dans leur milieu naturel. Il est en effet indispensable que les zoos poursuivent non seulement leur mission d'information du public à propos de la conservation des milieux naturels et à propos de la biodiversité, mais également leur contribution financière dans la lutte contre la destruction d'habitats naturels et l'extinction des espèces, ainsi que dans la défense du développement durable.

 

Chris Herzfeld

 

Centre Alexandre-Koyré

Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

& Muséum National d'Histoire Naturelle

Paris

 

Si vous désirez partager connaissances ou références concernant l'enrichissement, n'hésitez pas à contacter l'A.F.S.A. et les membres du comité « Enrichissement », ainsi que chris.herzfeld@skynet.be ou tc.avril@wanadoo.fr. Faites-nous part de vos réflexions sur le forum A.F.S.A.

*Notre projet est également lié à un travail d'art contemporain. Dans ce cadre, le G.A.E.P. collecte des objets d'enrichissement qui ont été utilisés par des animaux captifs (toutes espèces). Si vous possédez ce genre d'objets et si vous désirez participer à ce projet, merci de nous contacter : chris.herzfeld@skynet.be.

 


[1] L'animalité. Essai sur le statut de l'humain, Paris, Hatier, 1996 ; Paroles de singes. L'impossible dialogue homme/primate, Paris, La Découverte, 1995 ; Les origines animales de la culture, Paris, Flammarion, 2001 ; L'animal singulier, Paris, Le Seuil, 2004 et, avec la collaboration de Pascal Picq, Vinciane Despret et Chris Herzfeld, Les Grands Singes, Paris, Odile Jacob, 2005.