Training de deux coyotes (Canis latrans) par des méthodes approfondies de désensibilisation

Introduction

Le Zoo de Phoenix applique des programmes de 'training' et d'enrichissement du comportement pour ses animaux dans le but d'améliorer le bien-être des animaux et de sensibiliser le public. Soigneurs animaliers, internes, bénévoles, pédagogues et étudiants participent à ces programmes. Cet article décrit le 'training' de deux vieux animaux qui ont appris de nouveaux comportements par l'utilisation de techniques de désensibilisation.

Les coyotes (Canis latrans) sujets du programme ont 11 ans, capturés dans le milieu naturel (Bob et Lucky) et présentés dans un enclos de 1012 mètres carrés au Zoo de Phoenix. L'enclos est caractérisé par une plaine chaotique et un paysage désertique et héberge les animaux depuis leur arrivée en juillet 1993.

A partir de 2003 les coyotes n'ont plus utilisé leur bâtiment de nuit ; à la place ils ont creusé leur propre repaire, caché dans une végétation dense, et chassé par leur propre moyen. Ils ont développé des comportements indésirables comme : courir sur les mêmes chemins, courir à une forte allure le long de la grille quand le soigneur entrait, se cacher des soigneurs, éviter les articles d'enrichissement et passer peu de temps visibles aux visiteurs quand ils étaient dans leur enclos. L'examen de routine journalier, les examens physiques annuels et la capture des coyotes devenaient de plus en plus difficiles. Pour observer les animaux d'une manière plus régulière, un plan de gestion du comportement différent a été développé et mis en œuvre. Le Zoo de Phoenix a sollicité un expert en comportement canin, Gary Wilkes, qui a suggéré de mettre en œuvre un programme de désensibilisation intensif. L'objectif était de changer le comportement des coyotes et de les récompenser activement pour leur adaptation à leur nouvel environnement. Le processus de désensibilisation était aussi pensé pour promouvoir une bonne vision des coyotes par le public.

La nourriture n'a pas été choisit comme récompense pour motiver les coyotes à apprendre de nouveaux comportements. La politique du Zoo de Phoenix interdisant d'enlever une partie de la ration d'un animal pour l'intégrer dans une programme d'entrainement. De plus les coyotes chassant régulièrement lapins, oiseaux, écureuils, et rats par leur propre moyen, la nourriture aurait pu ne pas être une récompense intéressante pour eux. Toutes les tentatives de 'training' en auraient été perturbées et alors aucune approche directe n'aurait pu fonctionner.

Méthodes

Le programme de gestion du comportement a été conduit de Mai 2003 à Janvier 2004.
Le programme était ponctuellement documenté par la prise de photos et de vidéo des sessions de 'training'. Les méthodes utilisées sont présentées dans l'ordre chronologique :

  • Mai 2003
    1. Changement du régime alimentaire des animaux. Des nouveaux articles de nourriture comme des souris, des rats, des « hot dogs », des parts de poulets cuisinées, du foie et du poisson ont été ajoutés à leur ration.
    2. Les horaires de nourrissage et de 'training' variaient pour empêcher la prévisibilité.
    3. La routine de nettoyage des soigneurs était changée : il était demandé aux soigneurs de suivre un trajet inverse dans leur nettoyage quotidien. Dans un deuxième temps, ils marchaient dans des directions complètement aléatoires pour perturber le modèle habituel. Aussi, un matin, un soigneur a couru autour de l'enclos.
    4. Le bâtiment de nuit a été ouvert pour la première fois en neuf ans, permettant aux coyotes de l'explorer. Des récompenses sous forme de nourriture ont été introduites à l'intérieur du bâtiment de nuit pour en encourager l'investigation.
  • Juin 2003
    1. Des pistes (de 0.6 à 1.8 mètres de long) de nourriture apétante ont été créées. La longueur des pistes dépendant du chemin que l'animalier empreintait dans l'enclos. (Chacun des animalier qui faisait ces pistes cliquait par intermittence entre chaque récompense déposée sur le sol. Ce déclic visant à augmenter peu à peu les variables à l'interieur de l'enclos et à habituer les coyotes à ce son).
    2. Des soigneurs immobiles lançaient de la nourriture aléchante à chacun des coyotes pour encourager les animaux à venir de plus en plus près.
    3. On a augmenté la variabilité des zones de nourrissage en jetant la nourriture depuis le dessus de l'enclos (un pont d'observation pour les visiteurs).
  • Juillet 2003
    1. Variations de la posture des soigneurs comme : nourrir en restant assis sur un rocher.
    2. D'autres membres de l'équipe ont été présentés aux animaux. D'abord, seulement une personne a été autorisée à faire le tour de l'enclos en compagnie d'un soigneur pendant 2 ou 3 minutes, avant de sortir de l'enclos. Après deux semaines on est passé à deux personnes. Quand ces « entraineurs » marchaient, ils déposaient des bonnes choses en cliquant par intermittence pour faire de leur présence une expérience positive pour les coyotes.
    3. Comme les soigneurs n'étaient pas des entraineurs très expérimentés, un programme d'apprentissage du training a commencé. A cause du manque de temps pendant les heures de travail et de l'incapacité de réunir les soigneurs aux mêmes heures et au même endroit, les animaliers se sont portés volontaires pendant leur temps libre pour :
      • visionner des cassettes vidéos de 'clicker training' et en parler lors des rassemblements
      • et de se rencontrer chez les uns et les autres pour aller prendre des leçons de 'training' supplémentaires en s'exerçant sur leurs propres chiens pour améliorer leurs compétences.
    4. Deux soigneurs effectuaient ensemble le training dans l'enclos. En marchant lentement à l'autre bout de l'enclos, un soigneur rabattait les animaux vers l'autre soigneur qui tentait de maintenir l'intérêt des coyotes sur la bonne nourriture bien que les animaux se sentait méfiants certainement du fait d'être acculé.
    5. De nouvelles idées d'enrichissement ont été appliquées par d'autres animaliers pour voir comment réagissaient les animaux à de nouveaux articles. On a utilisé par exemple des sacs d'emballage en toile recouvrant leur terrier, des cibles en plastique « Alley Oop » ou des ailes de pigeons et des poissons accrochés aux buissons. Des tubes remplis de beurre de cacahuètes ont aussi été proposés et ont été suspendus à leur arbre préféré (les animaux passaient la plupart de leur temps allongés sous cet arbre en particulier), et placés à côté de leur terrier ou sur leurs chemins.

  • Août 2003
    1. Les animaliers ont changé de posture passant de la position assise sur le rocher à celle assise au sol.
    2. L'archivage des données a commencé à diminuer à cause de problèmes techniques, comme les batteries qui ne tenaient plus la charge, le manque de personne pour filmer, les contraintes de temps des animaliers ou les problèmes d'obtention de réponses identiques au comportement précédant. Après avoir discuté du dilemme avec l'équipe des animaliers et le coordinateur du plan de gestion du comportement, les animaliers ont finalement décidé de réaliser au moins deux sessions vidéo par semaine.
    3. Une caméra à détecteur de mouvements a été installée dans le bâtiment de nuit pour observer si les animaux y rentraient.
    4. Puisque ce programme était un programme de désensibilisation et sachant que les animaliers avaient des attributions variables à accomplir et que les coyotes répondaient différemment à chaque animalier, les comparaisons des comportements nécessitaient d'être plus fréquentes et plus détaillées. Des rapports écrits des animaliers fûrent soumis au coordinateur et celui-ci considérait les réponses de chaque animal pour un soigneur donné.
    5. Chaque ordre vocal, incluant le nom de l'animal (Lucky, Bob or « Yotes » - court pour les coyotes), devait être prononcée une fois seulement. Si la commande était donnée et ne produisait pas une réaction correcte et immédiate, alors seule la distribution quotidienne de nourriture et la routine de nettoyage étaient effectués.
    6. Les soigneurs commençaient chaque session de 'training' en faisant sonner une cloche métallique en triangle illuminée qui était suspendue à l'extérieure du bâtiment de nuit. Le triangle serait utilisé plus tard comme signal pour les heures de nourrissage lors de la fête des lumières du zoo (un événement nocturne ouvert au public durant les vacances d'hiver). Cela permettant de voir les coyotes.
    7. Une « boomer ball» a été ajoutée et placée à l'arrière de l'enclos le long de leur chemin.
    8. Les animaliers ont continué de placer des articles d'enrichissement ayant faits leur preuve comme des balles de sang congelé, des pattes de lapin, et de l'urine de zèbre et de girafe stérilisée (autoclavée) dans le bâtiment de nuit pour prolonger le temps passé par les coyotes à l'intérieur.
  • Septembre 2003

    1. Un programme de rencontre avec le public à 11h a commencé ce qui permettait à des visiteurs du zoo de participer volontairement à notre programme d'entraînement. Ceux qui ne souhaitaient pas entrer dans l'enclos étaient désignés comme « assistants de recherche » rapportant aux animaliers les changements dans le comportement des coyotes. Les réactions des visiteurs, tout comme les effets sur le comportement des coyotes, étaient filmées.
    2. À cause des difficultés de planning et des contraintes de temps, les animaliers ont cessé de tenter de rassembler les 2 animaux.
  • Octobre 2003
    1. Les animaliers ont commencé à s'asseoir sur une chaise de camping sous l'arbre du côté Est de l'enclos.
    2. Des issues de secours ont été mises en place à cause de l'augmentation du nombre de visiteurs intéressés pour rentrer dans l'enclos des coyotes. Les animaliers avait des difficultés pour contrôler plus de 10 – 15 personnes en même temps, surtout les enfants. Un autre facteur de sécurité est devenu évident quand on a réalisé que les visiteurs portaient des sandales ou des tongs dans une zone où il y avait des cactus. A cause de ces soucis de sécurité le nombre de visiteurs autorisé dans l'enclos a été reduit à pas plus de 20 – 25 personnes en même temps.
  • Novembre 2003
    1. Le sol du bâtiment de nuit a été saupoudré de farine pour suivre la trace des empreintes des coyotes et ainsi voir jusqu'où s'aventuraient les animaux pour explorer leur territoire.
    2. De large tubes d'égout en plastic (1,2 mètres de diamètre et 4,6 mètres de longueur) ont été placés dans l'enclos pour aider les coyotes à dépasser leur hésitation à rentrer dans des endroits exigus, comme l'entrée de leur bâtiment de nuit.
    3. Des animaliers pisteurs qui n'avaient pas beaucoup participé au programme jusqu'à présent, et qui étaient des « étrangers » pour les coyotes, ont fait quelques sessions d'entraînement pour voir si les animaux s'approcheraient d'eux aussi.
    4. En Novembre 2003, le programme avait engendré un événement médiatique présenté par une chaine de télévision locale.
  • Janvier 2004
    1. Tentative d'immobilisation en offrant deux souris mortes contenant de la kétamine hydrochloride.
  • Mai 2004
    1. Tentative de médication orale (lufenuron), pour le traitement contre les puces, dans des souris mortes.

Résultats

En huit mois de programme, le comportement des coyotes a radicalement changé en notre faveur.

  1. Les relations animal – humains
    • Envers les animaliers
      • L'augmentation de la variété des menus et l'imprévisibilité des heures de nourrissage et d'entrainement ont gardé les coyotes dans l'attente des animaliers pendant la journée, et ils étaient visibles par le public plus de temps.
      • À cause des variations dans les postures des animaliers et dans leur routine de nettoyage, les coyotes sont devenus plus à l'aise par rapport aux perturbations. Ils gardaient une posture plus détendue et devenaient curieux à propos de ce que faisait l'animalier au lieu de montrer des comportements de stress.
      • La distance entre les coyotes et les animaliers est passé de 6 – 9 mètres à 1,5 – 2 mètres à la fin du programme d'entrainement.
      • Les soigneurs pouvaient entrer dans l'enclos à n'importe quelle heure et dans n'importe quelle direction pour leur nettoyage quotidien, sans causer des comportements de stress comme la course rapide le long de la grille, se cacher dans les buissons ou retourner dans leur terrier.
      • Les animaux ont été entrainés quotidiennement par des animaliers qu'ils avaient rarement vu.
      • Les animaliers étaient capables de faire des examens visuels journaliers.
      • Le 30 janvier 2004, les animaliers ont fait la tentative d'administrer de la ketamine dans deux souris, une pour chacun des animaux, pour réduire les comportements liés au stress pendant leur examen annuel.
      • Le 1er mai 2004, du lufenuron, un traitement oral contre les puces a été offert dans des souris mortes et ingéré par les coyotes pour la première fois. Le processus de médicamentation a continué avec succès pendant plusieurs semaines.
    • Envers les visiteurs
      • En Octobre 2003, plus de 50 visiteurs ont été tolérés par les coyotes dans leur enclos sans fuir devant eux. Les animaux sont devenus conditionnés pour comprendre que la présence des hommes signifiait des récompenses sous forme de nourriture. À la fin du programme, au lieu de s'éloigner ou de regarder fixement « les intrus » de loin, les coyotes restaient proches, suivaient même les groupes en espérant recevoir leur récompense.
      • En distribuant la nourriture depuis le pont donnant sur l'enclos, les animaux sont devenus habitués à être à proximité des visiteurs (3 – 4,5 mètres) et mangeaient à la vue des visiteurs.
      • Le conditionnement classique des animaux à la cloche en triangle a facilité les nourrissages de nuit pour les animaliers du soir. Ce conditionnement a aussi augmenté la visibilité des animaux durant les « nocturnes au Zoo ».
  2. Les relations entre les animaux et les nouveaux espaces et objets
    • En Aout 2003, la femelle coyote entrait régulièrement et explorait le bâtiment de nuit.
    • La variété et la fréquence des articles d'enrichissement du comportement ont été augmenté d'un don occasionnel à finalement un don deux fois par semaine. Les nouveaux articles d'enrichissement ont été examinés immédiatement ou alors dans la journée. Avant ce programme les animaux restaient éloignés des nouveaux objets, parfois plus d'une semaine. Dans certains cas ils n'examinaient jamais les nouveaux articles ou montraient des signes de panique envers certains objets, les animaliers ayant besoin de retirer ces articles pour normaliser leur comportement.
    • Les coyotes n'ont pas utilisé le large tube d'égout noir.
  3. Les relations entre les humains et les animaux
    • L'équipe du Zoo, les bénévoles, et les visiteurs sont maintenant familiers avec le programme d'entrainement des coyotes et ont participé activement.
    • En faisant de la publicité sur la rencontre avec les coyotes avec une pancarte devant l'enclos et la rumeur courant que les visiteurs pouvaient rentrer dans l'enclos avec les coyotes, le nombre de visiteurs a augmenté. À tel point qu'il y avait près de 90 visiteurs qui attendaient les animaliers pour participer au programme d'entrainement. 50 d'entre-eux ont pu rentrer dans l'enclos; les autres restant dehors et aidant en tant qu'assistants de recherche.
    • En Novembre 2003, le programme a aussi été médiatisé.
    • Le nombre d'heures passées par les visiteurs devant l'enclos des coyotes a aussi augmenté. Au lieu des 2 – 3 minutes habituelles, ils attendaient maintenant plus de 5 – 10 minutes les animaliers avant de commencer une session de training et d'y participer jusqu'à la fin (10 – 20 minutes en plus).
    • Les tours dans l'enclos donnaient aux visiteurs dans un premier temps la chance de voir comment vivaient les coyotes. Inspecter leur terrier, leurs fécès, identifier leurs empreintes et leurs endroits favoris pour la sieste les aidaient à comprendre des choses qu'ils pourraient rencontrer dans le milieu naturel.

Discussion

En ne permettant pas aux coyotes de savoir par qui, comment, quoi et quand ils seraient nourris, ils ont perdu l'avantage de refuser les bonnes choses basé sur la supposition qu'ils seraient nourris plus tard sans intérêt pour leur performance. Cette leçon critique n'exigeait pas de privation – cela exigeait simplement une variation dans l'emploi du temps.

L'augmentation de la variété des aliments, des enrichissements, et du temps passé par les animaliers avec les coyotes, a eu pour résultat un changement des comportements des coyotes; passant de paniqués (courant à de grande vitesse le long de la grille avec leurs queues entre les jambes et leurs oreilles tombantes) à curieux, actifs et détendus (trottinant dans n'importe quel endroit de l'enclos avec leurs queues allongée et leurs oreilles levées).

La distance entre les soigneurs et les animaux a diminué à 1,5 – 2 mètres sans être une menace pour aucun d'eux et a élevé les relations à un niveau sûr et confortable. Les coyotes sont devenus accoutumés aux gens entrant dans leur enclos en grands groupes. La femelle coyote rentrait plus facilement dans un endroit petit et plus confiné comme le bâtiment de nuit; par contre nous n'avons eu aucune preuve de la présence du mâle dans le bâtiment pour des raisons inconnues. Comme l'enclos était très grand, les animaux n'avaient de même aucune raison de rentrer dans le large tube en PVC.

La tentative d'administrer la kétamine a échoué, probablement à cause de l'odeur du produit. Par contre, les coyotes ont appris à prendre les souris mortes sans se battre et ont été traités contre les puces avec succès – un comportement qui est maintenu régulièrement depuis.

L'équipe du Zoo de Phoenix croit qu'en ayant d'autres employés et visiteurs impliqués dans le programme, ces gens se sont enrichis d'une expérience unique. Avec ce programme, l'équipe du Zoo de Phoenix espère que ces deux coyotes auront des vies meilleures et que ça aura inspiré ses visiteurs à prendre des responsabilités pour le bien-être de toutes les créatures vivantes de la nature.

 

Remerciements : l'auteur remercie Dan Adikes, Gary Wilkes, Kay Fielding, Dr. Kevin Wright, Roger Cogan, Sharon Biggs, Teresa Riza et Tom Blackledge

Références : Gary Wilkes, un consultant en comportement, Phoenix en Arizona, les produits « Click & Treat »

Hilda Tresz, Behavior Management Coordinator Phoenix Zoo, Arizona