Utilisation de l’enrichissement comportemental chez les tortues des Galapagos et des Seychelles au zoo de Phoenix

Le but de l’enrichissement comportemental est d’encourager les animaux en captivité à utiliser leurs possibilités naturelles et à faire appel aux comportements propres à l’espèce. Ceci offre aux animaux le sens du contrôle, leur permettant de faire des choix et d’avoir de nouvelles expériences.

Cependant, les idées d’enrichissement ont leurs limites, spécialement quand on en vient à parler des tortues géantes. Ces animaux sont uniques en leur genre, en particulier en ce qui concerne leur taille, leurs aptitudes physiques et leur comportement. Ainsi, pour l’enrichissement, il est nécessaire de réfléchir au fait que ce sont des animaux :

  • principalement herbivores ;
  • dits à sang froid ;
  • à déplacements lents ;
  • de tempérament doux et pacifique ;
  • larges en taille.

Au zoo de Phoenix, nous avons des tortues géantes des Galapagos (Geochelone nigra) et des tortues géantes des Seychelles (G. gigantea).

Enrichissement du comportement de recherche de la nourriture

En général, les tortues géantes ont une vie simple et tranquille. Elles se lèvent en milieu de matinée et lézardent au soleil jusqu’à ce que leur corps se réchauffe. Elles consacrent le reste de leur journée à paître et brouter. Elles mangent tant que la quantité de nourriture est disponible, aux dépens même d'une digestion inachevée.

Emplacement du fourrage / de la nourriture

La méthode pour fournir un enrichissement alimentaire diffère selon que les animaux ont une carapace avec « un dôme en arrière » ou une carapace élevée en forme de « selle ». Pour les tortues géantes des Galapagos ayant une carapace avec un dôme en arrière, dont la principale source de nourriture est la végétation au sol, l’enrichissement alimentaire doit être fourni sur le sol ou près du sol pour en faciliter l’accès. D’un autre côté, les tortues des Galapagos ayant une carapace élevée en forme de selle se nourrissent de cactus poussant en hauteur et leur carapace incurvée à l’avant leur permet d’atteindre les feuillages avec leur long cou. Les tortues géantes des Seychelles ont elles-aussi un long cou qui va les aider pour exploiter les branches des arbres à environ un mètre de haut. Pour ces animaux, les enrichissements peuvent être suspendus en hauteur, les faisant ainsi travailler pour se nourrir. Les tortues des Seychelles sont connues pour tenter de se dresser sur leurs pattes postérieures afin d’atteindre les branches les plus basses au risque de se renverser, donc la hauteur des enrichissements suspendus doit être considérée avec prudence.

Au zoo de Phoenix des mûriers (Morus spp.), des orangers (Citrus spp.), des grenadiers (Punica granatum) et des figuiers (Opuntia spp.) sont plantés dans l’enclos des tortues géantes pour fournir un enrichissement saisonnier aux animaux.

Variété du fourrage et présentation

Les figuiers poussent naturellement dans le zoo, les feuilles et les fruits sont régulièrement utilisés comme enrichissement. Essayer d’attraper des pieds de cactus est une activité d’enrichissement très appréciée par nos tortues – des pieds de cactus flottent dans le bassin et les tortues les sortent de l’eau. Des végétaux frais comme du mûrier, du saule (Salix spp.), de l’Hibiscus spp. et du Tipuana spp. sont coupés par l’équipe du Département d’Horticulture plusieurs fois par semaines pour les tortues. Les végétaux sont tous placés sur le sol et/ou sur des tas de pierres ou suspendus aux branches basses.

Des dattes (Phoenix dactylifera), des fleurs d’hibiscus, des pétales de rose et de l’herbe des Bermudes (Cynodon dactylon) fraîchement coupée sont aussi récoltés selon leur disponibilité. Pour Halloween nous donnons des citrouilles (Cucurbita spp.) aux tortues. La citrouille pouvant causer des diarrhées, il vaut mieux la donner en petites quantités. Si l’on donne une citrouille entière, les soigneurs doivent veiller à la retirer de l’enclos avant que les animaux ne la terminent.

La présentation des aliments peut varier autant qu’on le souhaite. La nourriture des tortues peut être présentée coupée en morceaux, en entier, ou congelée pour en faire des glaces à l’eau rafraîchissantes en été !

Structure et substrat

Etant ectotherme, les tortues passent plusieurs heures à se chauffer au soleil après le levé du jour pour augmenter leur température corporelle. Elles vont se tremper dans des flaques de boue et/ou des mares pour se rafraîchir quand il fait chaud et pour repousser les insectes piqueurs. Deux piscines et une mare de boue ont été construites pour susciter ces comportements naturels. Du gazon a été planté à plusieurs endroits de l’enclos pour varier le substrat et des appareils d’arrosage prodiguent un enrichissement en plus.

Enrichissement social

Au zoo de Phoenix les deux espèces sont logées ensemble et les animaux s’entendent bien même pendant les nourrissages. Les tortues ont aussi l’opportunité d’interagir avec des humains. Des soigneurs et des volontaires passent souvent du temps auprès des animaux, grattant leur cou, les nourrissant à la main, ou les arrosant.

Des visites spéciales et d’autres programmes donnent aussi l’occasion de mettre en rapport des personnes invitées et les tortues. Utilisant des pinces, comme protection contre des morsures accidentelles, les personnes invitées peuvent tenir quelques morceaux de carotte et les donner aux animaux.

« Training »

Bien que les tortues soient des reptiles au déplacement lent, si le besoin s’en fait sentir elles peuvent bouger à une vitesse surprenante et elles en imposent de par leur taille. Quand on prévoit des sessions de « training », on doit bien considérer la vitesse de ces animaux, leur taille, et le temps imputé à chaque tâche du programme. Peser les tortues géantes est l’une des missions habituelles que les entraîneurs aiment réaliser dans leur exercice. Les tortues géantes sont reconnues pour être attirées par les couleurs appartenant au spectre rouge de la lumière, on peut donc utiliser cette préférence pour les entrainements avec cible. Au zoo de Phoenix, les tortues ont été entraînées avec des cibles et par étapes pour grimper sur des palettes.

Nos tortues vont se coucher tard dans l’après-midi. En été, elles passent la moitié de la nuit submergées dans leur mare ou ensevelies sous des buissons dans leur enclos. En hiver, elles rentrent dans une loge chauffée la nuit. Ce comportement est facilement reconditionné chaque hiver en allumant les unités de chauffage et en utilisant la climatisation classique. Les animaux qui choisissent de ne pas rentrer d’eux-mêmes peuvent être déplacés par l’utilisation d’une cible et d’une récompense sous forme de nourriture.

Stimulation des cinq sens

Les tortues ne peuvent pas trop compter sur leur ouïe et sur leur odorat, donc les enrichissements à base d’odeurs (parfums, extraits, épices) ou de sons (musique, instruments de musique, ou créations de bruit) - qu’on utilise souvent avec d’autres espèces - sont moins importants que les enrichissements tactiles, gustatifs, ou visuels que l’on a déjà passé en revue.

Manipulation

Les tortues géantes aiment utiliser leur tête et leurs pattes pour manipuler des choses. On a donné des balles qui rebondissent aux tortues du zoo de Phoenix pour qu’elles jouent avec, et on a souvent utilisé ces balles pour y mettre de la nourriture en les perçant de larges trous et en plaçant à l’intérieur l’alimentation des animaux coupée en morceaux.

Conclusion

En général, dans les conditions où l’on veut encourager des comportements spécifiques, deux choses sont nécessaires pour qu’un comportement choisi soit provoqué : l’opportunité et la motivation. Donner l’opportunité c’est fondamentalement fournir les choses nécessaires pour satisfaire les besoins de l’animal (matériels pour faire son nid, eau, litière de feuille, pâturage...). Cependant, si la motivation appropriée n’existe pas, l’animal ne démontrera pas le comportement. Par leur nature, les reptiles se limitent aux meilleures opportunités, et cela demande beaucoup de connaissances et de dévouement de la part des soigneurs pour réaliser un programme d’enrichissement couronné de succès, mais chaque minute compte !

[Cet article est l’adaptation par la Berufsverband der Zootierpfleger (association des soigneurs animaliers allemands) d’une publication originale dans « Arbeitsplatz Zoo » Vol. 18, No. 1 (2007).]

Hilda Tresz, Phoenix Zoo,
455 N. Galvin Parkway, Phoenix, Arizona 85203, U.S.A.
(HTresz@thephxzoo.com)